Hommage à Carl Drais von Sauerbronn, inventeur de la draisienne en 1817

En prélude à la 37ème édition du rallye IVCA et à l’initiative de Glen Norcliffe, 14 cavaliers ont réalisé un voyage de 230 kilomètres en draisienne entre Nancy et Karlsruhe pour commémorer le bicentenaire de cette invention.
C’est cette grande aventure qui vous est contée par Alain Cuvier, coorganisateur et accompagnateur de l’expédition.

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  • Le prologue

Vendredi 19 mai, c’est la grande migration chacun arrivant par ses propres moyens, qui en avion depuis l’Amérique du nord, qui en voiture de Belgique, d’Angleterre, d’Allemagne, de République Tchèque ou de France. Dirk et Sabrina sont arrivés la veille depuis la Belgique et ont déjà visité la ville, Bob Taylor a fait le voyage depuis Paris en quatre jours sur son grand-bi avec ses bagages dans une petite remorque accrochée à l’arrière du bicyle. Il nous montre les images prises avec son drone.
Le hall de l’hôtel est devenu une fourmilière où les accents se confondent, on s’étreint heureux de se retrouver ou l’on fait connaissance pour la première fois.
C’est l’heure des premières consignes, nous avons rendez-vous en costume et avec nos montures à 17 heures devant l’hôtel pour un petit tour de la ville. Jean-Marie, un cyclotouriste local est venu à notre rencontre pour nous guider et nous arrivons rapidement sur la place Stanislas, cœur historique de Nancy, quasi déserte en cette chaude après-midi de printemps mais les quelques badauds qui s’y promènent nous regardent d’un œil surpris et amusé. Il faut dire qu’une troupe de 15 cavaliers en costumes d’une autre époque allant en marchant à cheval sur ces drôles de machines ne passe pas inaperçue.
Nous nous dirigeons vers l’hôtel de ville, un imposant édifice qui occupe tout un coté de l’immense place royale devant lequel nous attend une charmante représentante de la municipalité et son assistante.
Après les présentations d’usages et un petit discours de bienvenue, nous voila parti pour une longue séance de photos devant l’hôtel de ville puis devant l’une de ces merveilleuses grilles aux dorures éclatantes qui ferment les entrées de la célèbre place. Nous partons ensuite sous les ombrages d’un grand jardin qui nous mène vers la plus ancienne porte de la ville puis nous terminons comme il se doit notre périple à la terrasse d’un des nombreux établissements qui bordent la place Stanislas.
Nancy Santé !La soirée se terminera de manière festive dans un de ces petits bistrots comme on les aime, qui servent une cuisine traditionnelle dans une ambiance conviviale et de plus celui-ci étant partagé entre la restauration et la fabrication de bière, nous ne pouvions avoir fait meilleur choix.


  • Samedi 20 mai

C’est l’effervescence dans l’hôtel, chacun se prépare, il faut charger tous les bagages dans les véhicules accompagnateurs pour les 28 personnes qui composent notre groupe et ce n’est pas une mince affaire.
Les draisiennes sont alignées devant l’hôtel et commence à attirer les regards des passants. Nous retrouvons Jean-Marie qui comme la veille va nous guider dans la ville et jusqu’à la pause de midi en compagnie d’autres cyclistes qui nous rejoignent en cours de route. A l’heure dite nous partons vers la place Stanislas où nous attendent les représentants de la ville. Un micro à été installé et chacun y va de son petit discours rendant hommage au baron Drais et à sa géniale invention. Un membre d’une branche Française de la famille Drais habitant Nancy nous fait même l’honneur de sa présence.
Le spectacle de ces draisiennes alignées au centre de la place ou évoluant autour de la statue du roi de Pologne est haut en couleur et fait l’objet de multiples photos.
Les costumes rivalisent d’élégance. Si la majorité d’entre nous a adopté la mode de la bourgeoisie du début du XIXème siècle, Stuart a opté pour le costume jaune à bandes rouges qui illustre le prospectus du baron Drais. Bruno est très élégant dans son bel uniforme militaire quant à Robert il a choisi une tenue beaucoup plus populaire, pantalon de corsaire, chemise en grosse toile à large manches et tricorne sur la tête, il forme un bel équipage avec sa machine au bois patiné à souhait, la selle recouverte d’une grande peau de mouton et un large baluchon enroulé dans une grosse toile de lin sanglé à l’arrière.
Une grande partie de nos draisiennes sont des reproductions fidèles de la draisienne originelle exposée au musée de Donaueschingen et portant le blason du baron Drais, les autres sont des reproductions de la machine de Denis Johnson dont la plus élégante est sans aucun doute celle de Diane qui évoque un flamant rose.

Ces machines sont plus simples et plus faciles à diriger que celles de Drais grâce à leur direction directe. Une dernière attire l’attention même si elle n’a pas de racines historiques, elle allie le rustique et la modernité dans un design élégant avec sa belle peinture laquée et sa figure de proue qui évoque un animal préhistorique (L’ancêtre de la draisienne serait-il un vélociraptor ?).
Il est bientôt l’heure du départ pour ce long voyage qui va nous mener à Karlsruhe et Jean-Paul fait entendre le son plus ou moins mélodieux de son clairon. Keizo en profite pour clamer son nouveau cri de guerre et nous gratifie d’un retentissant « En Maaarche ! » qui déclenche l’hilarité générale. En effet, nous ne saurons jamais si c’est en rapport avec notre activité qui consiste à marcher assis entre deux roues ou plutôt un clin d’œil malicieux à ce nouveau parti politique Français qui se nomme « La République en Marche » et dont le fondateur vient de remporter l’élection présidentielle, mais l’opportunité était trop belle.
Nous arpentons une dernière fois les pavés rugueux de la place royale et nous nous dirigeons vers notre hôtel pour revêtir des tenues plus confortables.
C’est de cet endroit que sera donné le vrai départ et guidé par Jean-Marie nous empruntons des rues relativement calmes en ce samedi matin pour rejoindre l’itinéraire vélo de la Marne au Rhin que nous suivrons pendant 140 kilomètres. Nous quittons Nancy et déjà une première difficulté apparaît, une côte sévère oblige le groupe à mettre pied à terre et à pousser les machines créant un petit embouteillage chez les automobilistes surpris de rencontrer un tel convoi.
A Varangeville nous nous arrêtons pour une première pause café et déjà un premier incident, Bob qui nous accompagne en grand-bi à un problème avec son guidon, la brasure qui retient la partie gauche dans un manchon vient de céder et ne tient plus qu’à un fil. Nous nous mettons sans succès à la recherche d’un atelier pour réparer, de plus nous sommes le week-end et tous les établissements sont fermés. Notre ami bob va devoir continuer avec son handicap, ne dirigeant son bicycle que d’une seule main.
A Dombasle sur Meurthe nous quittons enfin l’agglomération Nancéienne. Les rives  du canal ne sont pas encore aménagées à cet endroit mais le fléchage de la véloroute 54 nous guide sur de petites routes de campagne où nous ne rencontrons que peu de circulation. L’heure du déjeuner approche et notre équipe d’assistance emmenée par Pascale nous attend dans le village de Crévic pour un copieux et bienvenu pique-nique. Encore quelques kilomètres sur une petite route doucement vallonnée et s’en est fini des difficultés de la journée, nous abordons maintenant le chemin de halage qui borde le canal, parfaitement goudronné et aménagé à l’attention des cyclistes. Nous croisons de temps à autre  un bateau de plaisance échangeant un signe amicale ou quelques mots au gré des écluses.
Nous arrivons maintenant au terme de notre étape, les 47 kilomètres  de cette 1ère journée ont éprouvé les organismes et l’inconfort de la selle commence à se faire sentir pour certains. C’est au grand soulagement de tous que les machines sont rangées dans la cour de l’école ouverte gracieusement par le maire  du charmant village Lorrain de Lagarde qui nous accueille devant la mairie en compagnie de quelques élus et habitants heureux d’un tel événement dans leur petite localité. Une sympathique réception nous attend sous le préau de l’école et chacun en profite le verre à la main pour commenter le but de notre expédition à des interlocuteurs ravis de découvrir la draisienne et même de s’essayer à la conduite de ces drôles de vélos autour de la cour.
Il est temps de prendre congé de cette heureuse compagnie pour rejoindre notre hôtel situé à 30 kilomètres ce qui ne sera d’ailleurs pas sans problèmes pour certains GPS malicieux.


  • Dimanche 21 mai

Mr le maire nous attend devant sa mairie en compagnie de toutes les personnes rencontrées la veille qui ne veulent surtout pas manquer le départ de cette étape. Aujourd’hui seulement 33 kilomètres au programme pour récupérer un peu des efforts de la veille et nous prenons le temps de faire des photos.
Keizo décidément en grande forme et heureux d’être là prend sa draisienne à bras le corps et la soulève au dessus de sa tête, nous gratifiant d’un retentissant « banzaï » pour le plus grand bonheur de la journaliste présente. Sa photo fera la une du journal local le lendemain !
C’est l’heure du départ au son du clairon toujours aussi malicieux et enroué suivi du cri de guerre de Keizo, « En Maaarche !» et la petite troupe s’ébranle pour traverser le village sous les encouragements des habitants. Etape courte a-t-on dit mais la première partie n’en est pas moins éprouvante. Une longue ligne droite de 6 kilomètres nous attend faite d’une succession de bosses à fort pourcentage qui obligent souvent à pousser les machines et des descentes tout aussi pentues qui incitent à la plus grande prudence sauf pour quelques kamikazes comme Stuart, notre « Crazy Rider » dont le GPS fixé sur le timon de sa draisienne affichera une pointe à 38 km/h.
La route s’aplanit enfin et c’est une longue descente en pente douce qui nous amène au cœur du village de Moussey où nous nous regroupons autour de notre caravane pour un léger ravitaillement. Le reste du parcours sera beaucoup plus apaisé puisque nous reprenons les berges du canal pour une incursion en terre sauvage. La vélo route traverse une vaste zone humide faite d’étangs, de forêt et de marécages, immense réserve naturelle paradis des randonneurs à pied ou à vélo.
Nous longeons l’étang de Réchicourt au milieu duquel se perd le canal seulement signalé par quelques balises et le chemin qui serpente tantôt au milieu d’une magnifique forêt, tantôt entre deux plans d’eau nous conduit à l’écluse de Réchicourt le Château. Cet impressionnant ouvrage d’art construit en 1965 est le plus haut de France avec ses 16 mètres de dénivelé, il remplace à lui seul les 6 écluses qu’il fallait franchir précédemment. Nous en profitons pour admirer quelques bateaux de plaisance en pleine manœuvre. Nous continuons notre route le long du canal bordé d’un coté par la forêt et de l’autre par des marécages, paradis des hérons blancs, puis nous arrivons à l’étang de Gondrexange, immense étendue d’eau traversée en son milieu par le canal qui à la particularité de se trouver plusieurs mètres sous le niveau de l’étang. Nous avançons ainsi entre le ciel et l’eau le long de cette voie seulement troublée de temps à autre par le passage d’un plaisancier.
Nous avons parcouru plus de dix kilomètres dans cet environnement exceptionnel quand nous arrivons à Gondrexange où nous attend un copieux déjeuner installé sous les ombrages par notre super équipe d’assistance.
Après une longue pause, c’est rassasiés et bien reposés que nous repartons pour la deuxième partie de cette journée, toujours au bord du canal que nous quitterons bientôt pour traverser de charmants petits villages lorrains par des routes désertées en ce chaud dimanche après-midi. Nous approchons de l’arrivée lorsque quelques téméraires emmenés par Glen entreprirent de prendre un raccourci constitué par un profond vallon traversé par un cours d’eau.
Mais voici qu’emporté par son élan et ne maîtrisant plus sa monture, notre imprudent cavalier échoua lourdement au fond du ruisseau dont il sorti penaud et couvert de boue de la tête aux pieds sous le regard amusé de ces compagnons.
Quelques kilomètres encore et c’est l’arrivée à l’hôtel et la douche bien venue. La soirée se terminera dans la bonne humeur sur une terrasse accueillante où nous fêterons l’anniversaire de mariage de Dirk et Sabrina.


  • Lundi 22 mai

Départ à 8h30 ce matin, l’étape sera longue, 54 kilomètres au programme et la traversée des Vosges. Quelques-uns ont monté leurs machines dans les camionnettes et partiront de Niderviller pour raccourcir un peu l’étape. La route est belle et sans grand trafic, à la sortie d’Arzviller nous retrouvons le canal qui sort d’un long tunnel de plus de 2 kilomètres et se dirige vers Saint-Louis où un ascenseur déposera les bateaux 44 mètres plus bas supprimant ainsi 17 écluses. Nous passerons au dessus de cet ouvrage pour suivre l’ancien canal par la vallée des éclusiers aménagée pour les cyclistes.
Nous sommes maintenant sur l’Euro Vélo 5 qui traverse les Vosges dans un univers minéral d’une grande beauté. Nous croisons un groupe de cyclistes Autrichiens étonnés de nous voir circuler avec de telles machines et Robert, ravi de pouvoir converser en allemand avec eux leur explique le but de notre expédition. Incrédules et admiratifs, ils nous souhaitent bon voyage.
Les écluses à l’abandon se succèdent tout les 200 mètres avec leur maisonnette pour certaines encore habitées. Les portes des écluses sont restées mi-ouvertes, figées par le temps et les plantes aquatiques ont envahi le font du canal profitant du peu d’eau qui s’écoule. Ce lieu bucolique a un charme extraordinaire avec d’un coté la paroi abrupte colonisée par quelques arbres et de l’autre en contrebas le nouveau canal que nous retrouverons à Lutzelbourg. Les draisiennes profitent de cet environnement tout en descente pour filer bon train tout en profitant du fabuleux paysage.
A Lutzelbourg nous retrouvons notre caravane pour un petit ravitaillement bienvenu. Robert qui avance un peu moins vite avec sa lourde draisienne sans caoutchouc sur les roues décide de partir en avant pendant que nous continuons notre pause. Ayant loupé le rendez-vous de midi, nous le retrouverons à quelques kilomètres de l’arrivée.
Le canal serpente maintenant en compagnie de la voie de chemin de fer et de la route dans une large vallée entre deux massifs montagneux couverts de forêt et dominés par une forteresse médiévale. Nous profitons pleinement de ce panorama exceptionnel malgré la proximité des autres voies.
La montagne s’ouvre soudain et nous entrons dans Saverne, porte de l’Alsace à l’heure du déjeuner. Le canal passe en plein centre de cette charmante cité aux belles maisons à colombages abondements fleuries. Les rues grouillent de monde et les terrasses sont bondées à cette heure de la journée, la faim se fait sentir mais aucune place pour stationner nos véhicules, nous retrouverons donc notre équipe à quelques kilomètres, loin de l’agitation de la ville.Au moment de repartir, Bruno s’aperçoit que la roue arrière de sa draisienne va de travers et roule d’un coté sur l’autre, l’un des boîtiers de bas de fourche est dessoudé et l’axe a pris un jeu inquiétant. Une rapide réparation et nous rejoignons le groupe. Nous nous regroupons pour arriver à Waltenheim sur Zorn, terme de notre étape où un important comité d’accueil nous attend. Thierry, le président de l’association culturelle locale nous a réservé un accueil chaleureux sur le bord du canal avec quelques élus, les écoliers du village et leurs parents. Parents et enfants sont ravis de découvrir ces drôles de machines et de pouvoir s’essayer à la conduite d’une draisienne.
Nous quittons la rive du canal pour monter dans ce village typiquement Alsacien construit à flan de colline. La pente est raide et il faut pousser nos machines pour arriver devant la salle des fêtes où nous attend une sympathique réception avec dégustation de produits locaux. Notre hôte nous conduit ensuite dans la cour d’une superbe maison où nos machines seront entreposées pour la nuit. Nous échangeons nos impressions autour des draisiennes avec les habitants du village intrigués et admiratifs devant notre entreprise et alors que j’étais en conversation avec notre nouvel ami, Bob vient à notre rencontre avec à la main la partie cassée de son guidon. Notre ami regarde la pièce d’un air dubitatif et fini par appeler le propriétaire des lieux. Après un examen minutieux et quelques explications, celui-ci acquiesce de la tête et me dit, « tu l’auras demain matin ! » Bob qui avait saisi le sens des propos me regarde longuement, incrédule et ravi. La solidarité et l’amitié avaient une fois de plus fonctionné, son guidon allait être réparé et il allait pouvoir continuer sa route en toute sécurité.
Nous quittons enfin cette honorable assemblée pour rejoindre notre hôtel situé à 15 kilomètres.


  • Mardi 23 mai

La cour où sont entreposées nos draisiennes grouille des enfants des écoles venus avec leurs professeurs assister à notre départ. Comme chaque matin, c’est le rituel de la vérification et du graissage des machines puis nous sortons dans la rue entourés de la meute des enfants tout excités par le spectacle. Un coup de clairon, le cri de Keizo et nous nous engageons prudemment dans une longue descente qui nous ramène sur le bord du canal. Un dernier signe, un dernier au revoir et nous voilà partis pour notre 4ème étape qui sera longue de 41 kilomètres.
Déjà 4 km de parcouru et à la faveur d’un pont, nous devons passer sur la rive opposée. La discrète Diane, très en forme, a pris la tête du groupe et repart alors que les derniers sont encore loin. Le petit groupe de queue arrive quelques minutes plus tard avec à sa tête, Dirk pestant après sa machine qui va de droite à gauche et de gauche à droite en de grands écarts au gré des impulsions désordonnées de son infortuné cavalier. Une fois le pont gravi, notre compère désemparé et gesticulant jette la pauvre machine dans les bras d’un camarade arguant qu’elle n’avance plus, qu’il ne peut plus la diriger et qu’il faut la réparer à tous prix. Un examen minutieux de la machine ne nous fit rien découvrir qui puisse entraver sa bonne marche mais le bougre insiste et ne veut plus continuer.
Nous sommes dans un endroit isolé et pas d’autre solution que de continuer, après quelques longues minutes de repos nous repartons tranquillement lorsque nous croisons Bob allongé sur la berge, farfouillant dans le canal avec un outil de fortune. Le malheureux à fait une fausse manœuvre en pilotant son drone et le léger aéronef s’est abîmé dans l’eau, fort heureusement près du bord. Nous continuons notre chemin alors qu’arrivent Stuart, Marco et Bruno pour soutenir Bob qui ne remonte du fond que quelques branchages mais point son cher drone.
Devant cette situation désespérée, Stuart notre Crazy Rider se débarrasse prestement de sa peau de cycliste et se transforme en un grand dauphin blanc plongeant dans les eaux troubles du canal. Après deux tentatives infructueuses, il remonte enfin triomphant tenant le frêle objet dans son rostre…heu…à bout de bras ! Au grand bonheur de son propriétaire.
Pendant ce temps nous arrivons à l’endroit où nous devons abandonner le canal pour traverser la plaine d’Alsace et nous retrouvons là notre caravane. Notre ami Dirk arrive peu de temps après, sa machine semblant toujours aussi indomptable avançant dans le plus grand désordre sous les impulsions de son gesticulant cavalier.
La pauvre machine eut droit à tous les qualificatifs et elle s’entendit promettre d’être remisée sur son support jusqu’à la fin du voyage mais c’était sans compter sur la présence en ce lieu de son géniteur qui l’enfourcha tout en lui caressant l’encolure comme on le fait avec un cheval trop nerveux. Soudain rassurée, la bête se laissa dompter et dans les mains expertes, elle se mit en quelques allés et retours à filer bien droit et à belle vitesse tout comme le jour où elle était sortie de l’atelier du maître.
La petite troupe repart sans la belle draisienne bleue qui a retrouvé son support derrière la voiture. Nous filons maintenant en direction du Rhin et nous empruntons un long chemin de terre qui fera dire à certains que nos machines on enfin retrouvé les routes de leur enfance.
Le soleil nous accompagne depuis notre départ de Nancy et se fait de plus en plus chaud, à Hoerdt, un bar providentiel nous permet de nous rafraîchir et nous prenons un long moment de repos à la terrasse en dégustant une bière bien fraiche. 2km avant Gambsheim, nous retrouvons Guy et Marie-Christine qui avaient assisté à notre départ de Nancy, Guy filme notre passage et fait quelques interviews pour le forum Tonton Vélo. Notre équipe d’assistance nous attend sur la base de loisirs à l’entrée du village et comme à l’habitude nous a préparé un pique-nique royal et rafraichissant. Que c’est bon de faire du vélo sans avoir à se soucier de l’intendance. Merci les filles…
Après ce copieux déjeuner sur l’herbe, notre ami Dirk ayant retrouvé sa bonne humeur et son assurance, décida de repartir et enfourcha sa rossinante avec entrain.
Celle-ci dut bien s’en apercevoir car elle cessa toute incartade et fila droit comme au 1er jour. Il nous reste maintenant 18km pour atteindre Sessenheim, terme de notre étape où le maire nous a réservé une très sympathique réception qui se terminera autour d’un verre après les photos d’usage devant la mairie.
Le seul hôtel du village étant trop petit, une partie du groupe ira dans un village voisin et nous nous retrouverons tous dans cet établissement pour le diner.
Un dîner qui fût l’occasion de mettre à l’honneur notre équipe d’intendance qui chaque matin fait les provisions et prépare le pique-nique du midi pour les 28 membres qui composent notre groupe de cavaliers et accompagnateurs en vélo ou en voiture. Une équipe emmenée par Pascale avec Marie-Chantale, Sabrina, Arlette, Martine et Marc, le seul homme de l’équipe. Le « so british » Paul assistait l’équipe pour les bagages.


  • Mercredi 24 mai

Cinquième et dernière étape de notre voyage, la fatigue se fait sentir mais l’enthousiasme et la perspective de l’arrivée à Karlsruhe dynamise le groupe. Nous débutons la journée par une démonstration dans la cour de l’école où les élèves nous attendent avec impatience.
C’est aussi l’occasion de rencontrer une représentante du département du Bas-Rhin très fière de nous annoncer l’inauguration prochaine du 1000ème kilomètre de voie cyclable dans ce département, signe de la place du vélo dans la vie d’aujourd’hui et de son évolution depuis l’invention de la draisienne.
Il fait déjà très chaud en cette heure matinale et nous prenons la route sous les acclamations des élèves ravis de cet intermède.
Les petits villages abondement fleuris aux belles maisons à colombages si typique à l’Alsace se succèdent tous les deux kilomètres jusqu’à Beinheim où nous quittons la route pour emprunter l’Euro Vélo 15 jalonnée sur sa partie Française par les ouvrages militaires de la ligne Maginot.
Cette véloroute qui suit le Rhin sur 1233 km de sa source dans les montagnes Suisse jusqu’à son embouchure en mer du nord est très fréquentée et nous croisons quelques randonneurs au long court lourdement chargé tout comme de rapides cyclistes qui nous doublent à grande vitesse sur leurs beaux vélos en carbone, instants furtifs qui illustrent les 200 ans qui nous séparent.
D’autres encore aux vélos souvent motorisés électriquement munis de sacoches et chargés pour deux ou trois jours de randonnée, ceux la s’arrêtent pour nous parler ou nous accompagnent et font un peu de route avec nous.
Le bac de Seltz est fermé pour travaux mais l’accueillante auberge qui trône à ce passage frontière nous offre généreusement ses parasols et sa terrasse que nous nous empressons d’envahir pour nous désaltérer. La véloroute suit maintenant le fleuve au plus près et aucune voiture ne vient troubler la quiétude des lieux, nous traversons la magnifique réserve naturelle du delta de la Sauer où vivent une multitude de cygnes blancs et autres oiseaux aquatiques.A l’entrée de Munchhausen, un grand parking ombragé nous accueille avec une superbe vue sur le delta de la Sauer, nous retrouvons là nos véhicules d’assistance et des amis Italiens venus nous encourager. C’est aussi l’occasion de quelques réparations et Diane en profite pour démonter la roue arrière de sa draisienne, l’axe commence à gripper dans le moyeu et doit être réparé sous peine de bloquer totalement.
Encore quelques kilomètres et nous atteignons les environs de Lauterbourg, ville frontière où nous devons retrouver le team Pascale pour notre dernier pique-nique mais à quelques centaines de mètres du point de ralliement, Gary fait un écart et chute lourdement se blessant assez gravement à la tête.
Appel immédiat aux pompiers qui le transportent à l’hôpital de Wissembourg, Pascale et Sabrina se chargeront de le récupérer avec 6 points de suture à l’arcade sourcilière et un gros pansement sur l’œil. Après cet incident malheureux nous repartons en direction du bac de Neuburg am Rhein pour la traversée du Rhin. Frontière naturelle en cet endroit entre la Rhénanie Palatinat et le Bade Wurtemberg, le fleuve s’écoule lentement offrent ses paysages au calme idyllique.
A dix kilomètres de l’arrivée nous retrouvons trois cyclistes Allemands venus à notre rencontre pour nous guider dans cette fin de parcours. Nous aurons parcouru 50km aujourd’hui, le mercure affiche plus de 30° et les corps sont fatigués et meurtris aussi. C’est avec soulagement que nous arrivons au cœur de la ville devant le monument à la gloire du baron Drais.  Notre équipe d’assistance est déjà là avec Gary qui nous a rejoint in-extremis, nous nous débarrassons rapidement de nos tenues cyclistes pour endosser nos beaux costumes d’époques.
Oubliées la fatigue, la chaleur et les petites souffrances, quel bonheur de se retrouver tous alignés sur nos machines sous le buste de notre cher Baron. Nous avons parcouru 230km depuis Nancy pour lui rendre hommage et nous sommes là, dans sa ville, au pied du monument érigé en son honneur. C’est un moment d’émotion et de grande fierté.
Il nous reste à présent deux petits kilomètres à parcourir et nous arrivons en vue du château où nous attend une foule compacte qui nous enserre et nous accueille en héros.
Nous sommes maintenant de nouveau alignés pour une dernière photo entre les deux grandes roues foraines qui ont été dressée pour l’occasion devant le château et symbolises les roues de la draisienne.
C’est la fin de notre épopée, nous rejoignons l’un des salons du château des étoiles plein la tête pour fêter ce bel événement avec les organisateurs du rallye IVCA auquel nous allons maintenant participer.


Ils l’ont fait :
Gary SANDERSON,  « Le doyen »
Glen NORCLIFFE,  « Le vénérable »
Alain CUVIER, « L’ange gardien »
Dave GRAY,  « L’énigmatique »
Ken GRAY,  « Junior »
Carey WILLIAMS,  « Le discret »
Diane BLAKE,  « La Lady »
Keizo KOBAYASHI,  « L’enthousiaste »
Jean-Paul TOURNEREAU, « Le clairon diabolique »
Marco LEBRETON,  « Le dandy »
Stuart MASON ELLIOTT,  « Crazy Rider »
Bruno GUASCONI,  « Le gentleman »
Dirk van LUCHEM,  « Le Président »
Jirka FIALA, « L’élégant »
Robert J. HUMMEL,  « Jack Sparrow »

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